MichelStrauss

Nous serions-nous fourvoyés cette année en choisissant des thématiques qui pourraient apparaître comme complexes ou décousues ou, au contraire, serions-nous dans la bonne direction en osant aborder l’art musical et la création artistique en général comme faisant partie d’une démarche révolutionnaire, novatrice et décidément fondamentale dans l’évolution humaine ?

Bien sûr, 2017, c’est le centenaire de la révolution d’Octobre. Ce fut un vrai tremblement de terre politique, historique et même culturel, d’abord en URSS  puis dans un monde bouleversé par la première guerre mondiale. Malevitch côtoie Marc Chagall d’un côté, Schönberg et Webern côtoient Debussy, Ravel ou même Saint- Saëns , Stravinski côtoie Glière… On part dans toutes les directions.

De tous temps, l’Art a reflété et accompagné les grands bouleversements de la planète.

Pour ce qui est de la musique, Beethoven est certainement « Le » compositeur révolutionnaire. Dans son écriture même, il innove, il bouleverse, il invente un langage. Il est le point d’ancrage des deux siècles qui vont lui succéder, que ce soit dans la forme, la musique symphonique, la musique de chambre.

Charnière entre la période baroque et le romantisme,  on  doit à Haydn l’invention de la symphonie et du quatuor. Mais Beethoven amène ces formes à un degré de développement extraordinaire, avec  une force d’invention, de cassure, de rupture probablement jamais dépassée depuis.

Et ce n’est pas un hasard aujourd’hui si nous vous proposons d’ouvrir cette édition par des extraits de l’ « Ode à la Joie », véritable « Symphonie-Monde ».

Dans cette période ou le nationalisme étroit, la xénophobie, l’intolérance et le racisme montrent le bout de leur nez, leurs visages vils et agressifs, le message est ô combien significatif.

Des déportés du camp d’Auschwitz jouent une version de la 9ème symphonie au sein même du camp en 1944 (est-ce un signe de résistance ??) et ce n’est vraiment pas un point de détail ! Lénine écoute en boucle la sonate Appassionata du même Beethoven. C’est son oeuvre fétiche.

Chostakovitch, lui, accompagne les grands bouleversements politiques avec enthousiasme, parfois aussi avec réticence et crainte, mais c’est un des principaux compositeurs russes de l’époque. Il écrit une symphonie pour le dixième anniversaire de la révolution d’Octobre. Sa 7ème symphonie est une ode à la défense de son pays et en particulier de Leningrad face à la barbarie nazie.

Sa musique de chambre, en particulier ses quatuors, jalonnent sa vie et font indiscutablement penser aux quatuors de Beethoven.

En raison de leurs parcours et engagements respectifs, nous avons choisi de ponctuer notre édition d’œuvres de ces deux compositeurs.

« Musique en révolution » c’est aussi  Debussy, ce révolutionnaire de la forme, Ravel, magicien de la couleur, Messiaen avec son « Quatuor pour la fin du temps », écrit dans un stalag en 1941 et créé dans ce même camp. Oui, la forme est révolutionnaire et la fin du temps qui est bien sûr la fin de temps terrestre, n’est-elle pas aussi peut-être la fin du temps de la barbarie nazie ?

L’autre thématique proposée cette année sera  » La Route de la Soie  » pour le grand brassage des cultures des peuples traversés par cette route. Nous aurons le grand plaisir d’accueillir la compositrice d’Azerbaïdjan Franghiz Ali-Zadeh qui viendra nous présenter plusieurs de ses œuvres dont une spécialement écrite pour notre festival.

Aussi, nous vous proposerons deux versions de Shéhérazade, l’une de Rimsky-Korsakov, l’autre de Maurice Ravel. Bien sûr, Borodine nous accompagnera dans les « Steppes de l’Asie Centrale » et nous vous présenterons un quatuor du grand compositeur chinois d’aujourd’hui Tan Dun.

Nous continuerons enfin d’associer les sciences à notre  festival, et deux conférences vous seront proposées. L’une sur les mathématiques franco-russes, les deux plus grandes écoles du monde dans ce domaine. L’autre sur la circulation des savoirs sur la route de la soie.

Merci à Agathe Keller et Laurent Mazliak  nos deux conférenciers pour leur collaboration.

Alors, il est temps de prendre nos tapis volants (persans bien sûr) et de nous suivre dans notre route à nous que nous espérons riche et passionnante.

Michel Strauss
Directeur Artistique